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Au cinéma, "je pense donc je suis" c'est "je fais des entrées, donc j'existe".
Le public fait la gloire des acteurs, comme il peut le descendre aux oubliettes.
Est-ce qu'un film est bon parce qu'il fait des entrées, ou fait-il des entrées parce qu'il est bon?
Modestement, je proposerai l'étude des entrées des films de quelques acteurs, ainsi que des statistiques de box office au fur et à mesure de mes informations glanées de ci, de là.
Evidemment les chiffres donnés ne sont pas exhaustifs et les tableaux chiffrés sont susceptibles d'être modifiés ou sujets à discussion. Ce ne sera que mon humble avis.
Merci au Film Français et aux membres du forum business d' allo ciné.

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SOMMAIRE DU BLOG

Vous trouverez le tableaux récapitulatif des entrées des acteurs et réalisateurs : ICI


Lundi 26 mars 2012 1 26 /03 /Mars /2012 08:02
- Publié dans : MISES A JOUR

 

 

kevin-bacon.jpg

 

 

 

 

 

France

PARIS

Espagne

Allemagne

UK

Italie

EUROPE

Recettes US

American college

P

793 280

194 025

1 291 922

800 000

 

 

 

120,0

Merci d' avoir été ma femme

P

150 000

66 068

181 213

 

 

 

 

35,6

Captain Avenger

P

2 724

2 724

 

 

 

 

 

 

Vendredi 13

P

603 008

126 926

950 025

620 483

 

 

 

39,7

Diner

 

130 000

54 134

17 577

 

 

 

 

14,1

New York 42ème rue

 

50 000

21 511

 

 

 

 

 

 

Footloose

 

952 356

236 538

521 151

1 934 789

 

 

 

80,0

Quicksilver

 

 

 

96 036

 

 

 

 

7,6

Un ticket pour deux

 

95 000

34 698

154 991

 

 

 

 

49,2

Vie en plus,la

 

35 000

13 704

117 257

 

 

 

 

16,0

Loi criminelle,la

 

30 000

10 751

100 807

 

 

 

 

10,0

Tremors

 

170 000

49 134

182 191

102 420

 

 

 

16,0

Expérience interdite,l'

 

1 464 822

360 765

854 575

1 150 513

 

 

 

61,4

JFK

 

2 588 745

664 223

1 552 252

2 945 075

 

 

14 000 000

70,0

Des hommes d'honneur

 

1 035 683

282 596

1 832 560

1 351 161

 

 

11 000 000

141,3

The air up there

 

 

 

279 725

 

 

 

 

17,0

La rivière sauvage

 

561 852

127 751

471 698

674 087

 

 

 

46,8

Meurtre à Alcatraz

 

79 366

42 473

631 315

76 526

 

 

 

17,3

Apollo 13

 

2 071 939

470 408

1 424 197

2 831 008

 

 

 

172,0

Sleepers 

 

1 753 594

428 324

1 704 329

1 901 544

2 876 524

1 351 969

12 130 699

53,3

Picture perfect

 

 

 

427 321

321 018

420 352

 

1 225 947

31,0

Sexcrimes

 

1 251 959

365 917

702 441

706 143

240 861

361 787

4 296 900

29,7

Hypnose

 

730 447

184 103

1 245 968

66 753

219 021

29 420

2 645 109

21,1

Mon chien Skip

 

64 286

10 249

54 229

137 848

137 848

4 730

276 382

34,0

Hollow man : l'homme sans ombre

 

1 502 343

371 924

2 749 864

1 876 832

1 399 550

1 159 203

11 024 956

73,1

Mauvais piège

 

74 105

27 903

354 462

62 963

11 063

83 963

638 960

 

Mystic river

 

1 210 538

387 327

1 279 063

136 819

523 896

953 298

5 079 683

90,1

The woodsman

 

11 025

3 740

10 351

9 178

62 647

78 558

216 215

1,5

La vérité nue

 

124 460

78 045

 

39 102

47 155

85 650

445 479

0,0

The air I breathe

 

 

 

53 142

 

889

11 184

78 165

0,0

Death Sentence

 

75 368

29 501

142 997

56 913

115 976

 

459 430

9,5

Frost / Nixon

 

57 911

 

61 908

91 029

365 124

112 394

831 049

18,0

Me, one and only

 

 

 

 

 

 

 

10 129

2,5

X-MEN le commencement

 

2 096 575

600 307

929 229

 

 

 

 

143,4

Crazy stupid love

 

530 606

235 460

 

 

 

 

 

82,0

 

 

P = participation

Les chiffres en jaune sont une estimation

Les recettes US sont en millions de dollars

 

Ce tableau ne représente qu'une partie de l'importante carrière de l'acteur. Il reste une vingtaine de films qui n'ont rencontré aucun succès aux USA qui sont consultable sur une base de données telle que IMDB.

 

 

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Par RENAUD SOYER - Voir les 0 commentaires - Communauté : BOX OFFICE

Jeudi 22 mars 2012 4 22 /03 /Mars /2012 12:54
- Publié dans : MISES A JOUR

.

 

LA FRANCAISE ET L'AMOUR

 

16 SEPTEMBRE 1960

 

 

la-francaise-et-l-amour-21877-261711574.jpg

 

Réalisation

Collectif

Scénario

Collectif

Photographie

Collectif

Musique

Collectif

Production

Films  METZGER et WOOG

Distribution

C.C.F.C

Tournage

01/60- 04/60

Durée

137 minutes

 


Au temps des illusions aux épreuves de la vie conjugale, sept tableaux retracent les étapes de la Française, assurément parisienne, aux prises avec les difficultés d'aimer.

L'ENFANCE. - Une gamine de neuf ans, fille de concierges d'un immeuble dans la capitale, s'interroge sur le problème de la naissance des enfants. Mais ses parents, confus de semblables questions, ne savent que répondre à la curieuse Gisèle. L'ADOLESCENCE. - En pleine évolution, la gentille Bichette courtisée par ses camarades, accepte avec ivresse les hommages de ceux qui lui font la cour. Assez narcissique, elle s'empêtre dans des contradictions et des hésitations. Sa mère, avec doigté et bon sens, va réussir à la mettre sur la bonne voie. LA VIRGINITÉ. - Des fiançailles trop prolongées deviennent dangereuses pour le bonheur du futur couple. Exaspéré de désir, le garçon menace la fille de prendre une maîtresse. Ginette, offensée, se refuse à François. Premier orage, premier présage. Ginette finit par proposer à François de se rendre dans un hôtel meublé. Mais rien ne sera consommé. LE MARIAGE. - S'arrachant au tohu-bohu mondain de la cérémonie, les jeunes mariés partent en voyage de noces. La fatigue, la nervosité et aussi la jalousie de la jeune femme pourraient tout gâter; le mari est heureusement doux et empressé. Le départ pour le bonheur semble assuré. L'ADULTÈRE. - À l'un des multiples repas d'affaires où l'entraîne son mari, la belle Nicole est courtisée par un inconnu. Si son mari est un indifférent, son amant se conduit comme un mufle. Nicole retombe dans l'enfer doré de la vie conjugale.
LE DIVORCE. - L'ennui naissant un jour de l'uniformité, un couple de dix ans décide de se séparer. Mais l'amitié restera vivace. C'est compter sans la loi, la famille, les amis qui achèvent de brouiller les cartes et de briser un ménage.LA FEMME SEULE. - Un aimable et plaisant escroc, M. Désiré, vole les dames seules qui, soupirant après un bonheur entrevu, ne lui tiennent pas rigueur de ses agissements.


REALISATEURS : Henri DECOIN- Jean DELANNOY- Michel BOISROND- René CLAIR – Henri VERNEUIL – Christian-JAQUE –Jean Paul LE CHANOIS

 

ACTEURS : Darry COWL - Pierre MONDY - Sophie DESMARETS - Roger PIERRE - Valérie LAGRANGE - Claude RICH - Marie Josée NAT - Dany ROBIN - Paul MEURISSE - Jean-Paul BELMONDO - François PERIER - Annie GIRARDOT - Jean POIRET - Michel SERRAULT - Francis BLANCHE - Robert LAMOUREUX - Martine CAROL - Silvia MONFORT

 


5ème sketch:

L'ADULTERE

À l'un des multiples repas d'affaires où l'entraîne son mari, la belle Nicole est courtisée par un inconnu. Si son mari est un indifférent, son amant se conduit comme un mufle. Nicole retombe dans l'enfer doré de la vie conjugale

Avec Jean Paul BELMONDO, Paul MEURISSE, Dany ROBIN

Réalisation : Henri VERNEUIL

Scénario : France ROCHE

Dialogues : Michel AUDIARD

 

 

Très à la mode dans les années 50 / 60 le film à sketchs est un genre rarement employé aujourd'hui. Très régulièrement le spectateur pouvait trouver un ensemble de sketches d'une durée moyenne d'un quart d'heure qui exposait rapidement une situation brodée autour d'un thème central. Selon les budgets, ces films pouvaient proposer des affiches alléchantes avec pléthores d'acteurs plus ou moins cotés. L'avantage est de pouvoir tourner rapidement dans un décors parfois unique et de favoriser les rencontres entre réalisateurs et acteurs.

Avec ce genre de film la qualité est aléatoire selon les productions. Soyons francs, dans le cas présent on dira qu'on est plutôt dans le haut de gamme. Le casting général est affolant et que dire de celui des réalisateurs, que du haut de gamme. Le budget devait être conséquent.

Le film comprend sept sketchs dont le cinquième est celui qui nous intéresse.

Celui-ci est réalisé par Henri VERNEUIL qui sort du triomphe de "La vache et le prisonnier". Le scénario est de France ROCHE et les dialogues sont signés Michel AUDIARD. Rien que ça ! Le dialoguiste avait l'habitude de travailler avec France ROCHE a qui il déléguait une partie de son travail. Au niveau du casting, c'est une merveille. En effet nous assisterons à la seule rencontre entre Jean-Paul BELMONDO et Paul MEURISSE. SI ce dernier est une vedette incontestée du cinéma, BELMONDO vient juste de connaître le succès critique avec " A bout de souffle". La très belle Dany ROBIN complète le casting.

Le sketch de 15 minutes se doit de présenter "l'intrigue" rapidement. Paul MEURISSE en grande forme interprète un mari petit bourgeois distingué et drolatique, comme d'habitude. Très accaparé par son studio de publicité il délaisse un peu sa jolie femme qui s'ennuie. Au cours d'un diner d'affaire ennuyeux, elle remarque un beau jeune homme qui n'est pas insensible à son charme. Elle allume un peu son mari, qui est plus ou moins sceptique. L'intérêt vient que le spectateur "entend" les pensées des protagonistes. BELMONDO vraiment excellent et libre de faire ce qu'il veut fait du "Belmondo". On le retrouve gouailleur, drôle, exubérant. Madame sort avec le jeune homme, les premières fois au cinéma (ce qui me donne l'occasion de vous montrer de belles photos des façades de l'époque), puis refuse de se donner dans un hôtel meublé. BELMONDO joue le gentleman confus alors qu'il pense "raté!". Mais la belle se donne à lui, chez lui dans un modeste appartement.

Le mari rentre chez lui et surprend sa femme au téléphone avec son amant. "C'est sérieux" pense-t-il. Ainsi il entreprend un plan machiavélique. Il invite l'amant à manger chez lui en compagnie de sa femme. Puis à la surprise générale, il offre sa femme au jeune homme, en lui précisant qu'elle n'aime pas l'argent puisqu'elle dépense tout. Pour le jeune homme, une seule alternative, la retraite. L'occasion pour BELMONDO d'offrir un clin d'œil au public. Madame est heureuse car son mari l'aime toujours. Il lui promet de ne plus faire de dîner d'affaire. Le téléphone sonne, c'est un client. L'homme accepte un dernier diner et raccroche. C'était en fait une délicieuse jeune femme au bout du fil. Hypocrisie...hypocrisie.

Ce scénario ultra simple, voire simpliste, est l'occasion de voir de très bons acteurs qui se paient du bon temps sans aucune prétention. BELMONDO est alerte, drôle, charismatique et MEURISSE inclassable comme d'habitude. La regrettée Dany ROBIN joue de ses charmes avec malice.

Ce sketch est très important car il marque la première rencontre entre Henri VERNEUIL et Jean-Paul BELMONDO. Subjugué par le talent du jeune acteur, il se promet de tourner avec lui dès que possible. Dès l'année suivante, Henri VERNEUIL le proposera pour donner la réplique à Jean GABIN dans "Un singe en hiver". C'est le début d'une fructueuse et magnifique collaboration entre les deux hommes.

Le film prend très largement la première place du box office parisien à sa sortie avec 64 000 entrées en seulement deux salles, dont plus de 43 000 au Rex. Ce beau succès va se confirmer les deux semaines suivantes. Il devient un des succès parisien de cette rentrée avec 800 000 entrées sur Paris intra muros, ce qui le rend millionnaire sur Paris Banlieue. En France le film passe la barre des 3 millions d'entrées, un très bon résultat pour un film à sketchs qui se place à la 13ème place de l'année. Un très beau résultat pour un genre qui n'est pas encore près de s'arrêter.            

 

 

CATEGORIE

RANG

NOMBRE

SALLES

ENTREES FRANCE

13

3 056 736

 

ENTREES PARIS

 

802 272

 

 

 

 

 

EXCLUSIVITES

 

 

 

1ère semaine

1

64 278

2

2ème semaine

1

57 894

 

3ème semaine

1

49 878

 

4ème semaine

2

44 455

 

5ème semaine

2

36 703

 

6ème semaine

5

36 230

 

7ème semaine

3

45 256

 

 

 

 

 

QUARTIERS

 

 

 

1ère semaine

1

78 805

11

       

Nombre de semaines Paris

 

 

 

Moyenne salles Paris 1ère sem

 

32 139

 

Budget

 

 

 

Cote du succès

 

* * * *

 

 

 

vlcsnap-2012-03-22-00h02m16s1

 

vlcsnap-2012-03-22-00h03m02s201.png

 

vlcsnap-2012-03-22-00h03m41s79.png

 

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vlcsnap-2012-03-22-00h05m02s127.png

 

vlcsnap-2012-03-22-00h06m01s202.png

 

vlcsnap-2012-03-22-00h06m24s180.png

 

vlcsnap-2012-03-22-00h07m13s158.png

 

vlcsnap-2012-03-22-00h07m19s216.png

 

vlcsnap-2012-03-22-00h07m26s23.png

 

vlcsnap-2012-03-22-00h08m14s255.png

 

vlcsnap-2012-03-22-00h09m30s244.png

 

vlcsnap-2012-03-22-00h10m01s39.png

 

vlcsnap-2012-03-22-00h10m29s65.png

 

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Par RENAUD SOYER - Voir les 0 commentaires - Communauté : BOX OFFICE

Mercredi 21 mars 2012 3 21 /03 /Mars /2012 11:23
- Publié dans : MISES A JOUR

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  TRICHEURS

Réalisation

Marcel CARNE

Scénario

Charles SPAAK
Marcel CARNE
Jacques SIGURD

Photographie

Claude RENOIR

Musique

Divers

Production

Silver Films
CINETEL

Distribution

LES FILMS CORONA

Tournage

24/03/58 - 12/07/58

Durée

125 minutes

Bob

Jacques CHARRIER

Mic

Pascale PETIT

Alain

Laurent TERZIEFF

Clo

Andréa PARISY

Roger

Roland LESAFFRE

Lou

Jean-Paul BELMONDO

Nicole

Dany SAVAL

 

Reçu à sa licence de sciences, Bob revoit le drame qui l'a endeuillé peu auparavant. Fils de famille bourgeoise, il rencontre par hasard Alain, qui a lâché la préparation de Normale et vit d'expédients ; ce dernier vient de « faucher », pour le geste, un disque. Une espèce de sympathie naît entre eux et Alain présente Bob à la bande qui hante le café « Bonaparte ». Bob est adopté et emmené en « surboom » (soirée dansante) chez Clo, une fille de diplomate qui cherche à oublier dans la nymphomanie ses problèmes personnels et ceux de son milieu. Bob y couche avec Clo qui le présente ensuite à Mie, son amie, fille d'une commerçante dont elle vit séparée ainsi que de son frère aîné, mécanicien que le travail préserve. Bob et Mie se revoient et un violent et authentique amour les réunit. Mais les habitudes et les règles du milieu leur interdisent de se l'avouer vraiment. Un hasard les met sur la piste d'un chantage entrepris par un de leurs copains en fuite ; l'opération rapporte à Mie de quoi acheter une « Jaguar » dont elle rêve, payer son loyer et acheter de l'essence. Pour éviter à la jeune fille le danger de toucher les fonds, Bob y va seul ; mais, pendant ce temps, Mie couche avec Alain, bien qu'elle soit « toquée » de Bob. Celui-ci surprend Mie dans le lit d'Alain et l'abandonne. Une autre « surboom » dans le château de Clo réunira pourtant encore les amoureux. On y joue au « jeu de la vérité » qui consiste à extérioriser crûment ses sentiments intimes. Sous l'oeil d'Alain interrogée sur Bob, Mie ment pour cacher son amour, et à son tour Bob ment puis, par bluff, annonce ses fiançailles avec Clo à qui il vient de refuser de l'épouser. Mie ne peut en supporter davantage. Elle saute dans sa « Jag » et file à tombeau ouvert droit devant elle ; Bob la poursuit en Dauphine. II va la rattraper lorsque les phares d'un camion aveuglent la Jaguar qui percute dedans. Mie mourra à l'hôpital. Bob, brisé, ne trichera plus. Mais déjà à côté de lui, d'autres adolescents prennent rendez-vous pour une surboom.

 

En 1958 Marcel CARNE possède toujours une sacrée réputation. Est-ce nécessaire de présenter cette légende du cinéma ? Il suffit de citer "Les enfants du Paradis" ou "Drôle de drame" pour le comprendre.

Après avoir connu un nouveau succès avec "Le pays d'où je viens" qui a rencontré 3 millions de spectateurs, il cherche un nouveau sujet dans l'air du temps. C'est à dire qu'à cette époque la jeunesse parisienne cherche à s'émanciper. Sans être révolutionnaire, les jeunes écoutent une musique différente de leurs parents, parlent leur propre langage et tente de vivre une vrai jeunesse avec son lot d'émotion, mais surtout pas sur le modèle des parents. ce n'est pas encore "no future", mais il y a des prémices.

Le cinéma porte en lui les germes d'une révolution appelée nouvelle vague. Bientôt de nouveaux réalisateurs comme Jean-Luc GODARD, Claude CHABROL ou François TRUFFAUT entre autres vont renverser la vieille garde. Marcel CARNE le ressent-il ? Surement. En tout cas le voici qui va réaliser un film sur la jeunesse.

Jacques CHARRIER est un jeune acteur qui se fait remarquer par son physique agréable de jeune premier. Il se consacre au théâtre mais est surveillé par l'industrie du cinéma. Un soir, au théâtre, Marcel CARNE assiste à une représentation et convoque le jeune acteur au studios de Boulogne Billancourt. Le réalisateur l'embauche pour tourner dans "Les tricheurs" une sorte de "Fureur de vivre" à la française. Il aura le premier rôle ni plus ni moins et sera accompagné par un casting de jeunes acteurs en devenir : Laurent TERZIEFF, Pascale PETIT, Andréa PARISY et parmi les petits rôles Jean Paul BELMONDO, Dany SAVAL, mais aussi des figurations de Guy BEDOS, Jacques PERRIN...bref du très lourd. On notera aussi la présence du "senior" Roland LESAFFRE un acteur très proche de Marcel CARNE puisqu'ils sont enterrés ensemble.

Coté production Jacques DORFMAN donne des moyens au réalisateur qui reproduit les lieux les plus célèbres de Saint Germain des Prés dans les studios de Saint-Maurice. Le nombre de figurant est très important, parfois plusieurs centaines, et Jacques CHARRIER s'amuse comme jamais. Le tournage est idyllique et CARNE s'amuse beaucoup également. L'ambiance est formidable, les acteurs s'entendent très bien, et la musique jazz est très présente, d'ailleurs la bande son du film n'est composée que de morceaux de jazz branché.

Pour Jean-Paul BELMONDO cela aurait pu être déjà le jackpot. CARNE hésite entre lui et Laurent TERZIEFF pour le second rôle et finit par choisir TERZIEFF peut être parce qu'il était plus ténébreux. Les deux acteurs ne s'en veulent pas. Même si BELMONDO déclare ne pas en vouloir à CARNE, il le traitera quand même de "vieux schnock". Bien que choqué le réalisateur lui donne un second rôle qui lui permet quand même d'être aperçu à l'écran quelques minutes et faire preuve de son exubérance habituelle.

Bref, l'équipe artistique garde un souvenir formidable de soirées à la folle ambiance.

Le film reste assez classique dans l'ensemble et au final ne dresse pas un formidable tableau de cette jeunesse "pré nouvelle vague". Le résumé présente parfaitement le film. Pour faire court, il y a Bob le fils à papa qui a réussit ses études, Alain le "blouson noir" et Mic  fille de prolos. Ce trio va jouer un jeu dangereux. Dans cette jeunesse, seul comptent les émotions et il est absolument nécessaire d'adopter un comportement à l'opposé de l'éducation reçue. Bob est attiré par Alain, le révolté, le mauvais esprit qui joue avec les gens. Bob porte les traits de Jacques CHARRIER beau gosse à qui on donnerait le Bon Dieu sans confession, le gendre parfait. Alain, est interprété par le beau ténébreux Laurent TERZIEFF. Voyou mondain, il n'est jamais contre les défis idiots, comme aller chercher un chat le long d'une corniche au 7ème étage quitte à se retrouver en carafe. C'est l'époque des "t'es pas cap !" . Clo, est jouée par une très bonne André PARISY. C'est la nymphomane du groupe, qui couche avec tous les garçons pour exister. Elle souffre au fond de ne pas être aimé. Mic a la beauté de Pascale PETIT véritable petit chou. Tels "Romeo et Juliette" Mic et Bob tombent amoureux, mais il convient de ne pas l'avouer. Lui, c'est le bourge, et elle, la prolo. Pas question de faire des concessions mutuelles. Mais Mic est "accro" et peut compter sur les bons conseils de son frère un simple mécanicien qui vit dans un meublé avec sa femme. L'histoire prend une mauvaise tournure avec l'irruption d'une sordide affaire de chantage qui permet à Mic de s'offrir ce qu'elle veut: une belle voiture de sport. Pour faire rager Bob, elle couche avec Alain qui joue avec le couple. Mais aucun des deux ne montre de jalousie. Le clou du film est un terrible jeu de la vérité où tels des enfants Bob et Mic ne disent pas ce qu'ils pensent et ne pensent pas ce qu'ils disent. Mais le mal est fait et Mic s'enfuit dans sa voiture de sport poursuivie par Bob. Elle a un accident et meurt à l'hôpital. Impitoyable, les mais de Mic s'amusent de l'accident. Comme le dit BELMONDO "C'est dommage d'abimer une telle voiture".

Bob n'a plus que ses yeux pour pleurer. Mais pendant ce temps là, les "surboums" continuent.

CARNE dresse donc un portrait d'une jeunesse charismatique, romantique mais aussi surfaite et parfois consternante de bêtise. Le film n'a pas grand chose de subversif car le rythme de la caméra est parfois un peu lent, mais la psychologie des personnages est intéressante.

Le film est présenté au Marignan et les papiers annoncent un beau succès au film.

De fait, le film va bénéficier d'un bouche à oreille formidable et la jeunesse s'engouffre dans les salles. Le film ne perd pas d'entrées lors de ses premières semaines d'exclusivité et il devient le triomphe parisien de cette fin d'année 1958. Ma mère m'a décrit un succès massif, c'était le film à voir absolument pour la jeunesse de l'époque qui trouvait enfin un film qui lui "parlait".

Avec près de 5 millions de spectateurs le film devient le 5ème succès d'une année particulièrement relevée avec "Les 10 commandements" et "Les misérables" ou "Sissi".

A Paris intra muros le score est particulièrement impressionnant avec plus de 1.3 millions de spectateurs.

Jacques CHARRIER devient une vedette du jour au lendemain. Chouchou des jeunes filles, gendre idéal, sa carrière va 'accélérer et il va devenir célèbre en devenant le mari de Brigitte BARDOT. Pour le moment sa vie est un rêve. Pascale PETIT et Laurent TERZIEFF vont aussi bien profiter de cette exposition. Jean-Paul BELMONDO lui aussi est forcément remarqué et va poursuivre sa route dans des petits rôles, mais du  moins est-il enfin repéré. Ironie du sort, c'est pourtant BELMONDO qui va obtenir la plus belle des carrières alors que celle de ses collègues va ralentir.

Marcel CARNE obtient son dernier triomphe. Il sera débordé par cette fameuse nouvelle vague qu'il a pourtant annoncé voire amorcé. "Ringardisé" par les nouveaux réalisateurs il connaitra des résultats bien moindres dans les années 60.  

                    

 

 

CATEGORIE

RANG

NOMBRE

SALLES

ENTREES FRANCE

5

4 953 600

 

ENTREES PARIS

 

1 366 153

 

 

 

 

 

EXCLUSIVITES

 

 

 

1ère semaine

1

46 429

3

2ème semaine

2

48 129

 

3ème semaine

3

41 542

 

4ème semaine

3

39 422

 

5ème semaine

8

43 060

 

6ème semaine

4

33 641

 

7ème semaine

6

29 715

 

8ème semaine

5

27 671

 

9ème semaine

6

23 911

 

10ème semaine

7

22 785

 

11ème semaine

5

28 905

 

12ème semaine

7

40 402

 

Nombre de semaines Paris

 

22

 

Moyenne salles Paris 1ère sem

 

15 476

 

Budget

 

 

 

Cote du succès

 

* * * * *

 

 

 

 

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Par RENAUD SOYER - Voir les 0 commentaires - Communauté : BOX OFFICE

Jeudi 15 mars 2012 4 15 /03 /Mars /2012 12:21
- Publié dans : MISES A JOUR

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LE DOULOS

 

8 FEVRIER 1963 

 

 

 

 DOULOS

Réalisation

Jean-Pierre MELVILLE

Scénario

Jean-Pierre MELVILLE

Photographie

Nicolas HAYER

Musique

Paul MISRAKI

Production

Georges de BEAUREGARD
Carlo PONTI

Distribution

LUX

Tournage

16/04/62 - 14/06/62

Durée

108 minutes

Silien

Jean Paul BELMONDO

Maurice FAUGEL

Serge REGGIANI

Commissaire Clain

Jean DESAILLY

Nuttheccio

Michel PICCOLI

Fabienne

Fabienne DALI

Victoria

Gabrièle DORZIAT

 

Maurice Faugel, un truand d'un certain âge, rentre au pavillon de Gilbert Varnove, receleur de bijoux, lequel l'héberge après quatre ans passés en prison. Il lui emprunte un revolver, qu'il utilise pour le tuer. Il vole les bijoux et une grosse liasse de billets. Il s'enfuit juste quand arrivent chez Gilbert Nuttheccio et Armand, deux hommes du milieu qui venaient négocier les bijoux. Faugel enfouit l'argent, les bijoux, le revolver, au pied d'un lampadaire de terrain vague. Faugel, installé chez Thérèse, reçoit la visite de Silien, qui lui apporte du matériel de cambriolage. Thérèse, comme précédemment Gilbert, reproche à Faugel son amitié pour Silien, connu comme un notoire indicateur de police. Silien, dès qu'il a quitté Faugel, téléphone à l'inspecteur Salignari, sans que l'on sache ce qu'il lui dit. Faugel et Rémy partent pour leur cambriolage à Neuilly. Silien revient chez Thérèse, seule, et lui fait subir un passage à tabac qui lui permet d'obtenir l'adresse où "travaille" Faugel. Le casse de Neuilly tourne mal, Faugel et Rémy s'enfuient; Rémy est mortellement blessé, Faugel abat l'inspecteur Salignari, reçoit une balle dans l'épaule, et doit son salut à une voiture qui vient le recueillir. Chez Anita, Faugel est soigné par un docteur qui lui extrait la balle de l'épaule. Puis il part à la recherche de "cette ordure de Silien", persuadé que celui-ci l'a donné à Salignari. Dans les rues de Paris de nuit, le commissaire Clain et ses inspecteurs cherchent Silien. Ils le trouvent, puis l'interrogent longuement sur la mort de Salignari. Devant son refus, ils le font chanter et obtiennent qu'il les aide à trouver Faugel. Il apprend dans le journal la mort de Thérèse, sans doute supprimée par le milieu. Arrêté par Clain, qui le soupçonne pour le meurtre de Gilbert, il ne parle pas, et se voit incarcéré. Un homme déterre les bijoux, l'argent, le revolver, au pied du lampadaire. Silien se rend au Cotton-club, établissement propriété de Nuttheccio. Il s'attable avec Fabienne, son ancienne maîtresse et amie actuelle de Nuttheccio. Ils se fixent rendez-vous pour la soirée. Après qu'ils aient fait l'amour, Silien demande à Fabienne de témoigner que, de la voiture où elle était restée, elle a entendu un coup de feu lorsque Nuttheccio et Armand ont rendu visite à Gilbert. Elle, par amour pour Silien, accepte de dire à la police ce qu'il lui suggère. Silien, avec la complicité de Fabienne qui passe des appels au téléphone, fait venir Nuttheccio dans son bureau, puis Armand, les abat tour à tour, et organise une mise en scène de façon à faire croire qu'ils se sont entretués pour la possession des bijoux. Dans un bar, Faugel sorti de prison, et Jean, écoutent Silien leur raconter les événements : c'est Thérèse qui a donné Faugel à la police et Silien qui est venu le recueillir à Neuilly. Faugel n'en revient pas de l'amitié que lui porte Silien. En prison, quand il était persuadé de la trahison de Silien, Faugel avait commandité son meurtre à son collègue Kern; celui-ci annonce qu'il va livrer la commande. Faugel se précipite à Ponthierry, à la maison de campagne pour laquelle Silien a pris la route. Il arrive le premier et se fait abattre par Kern qui ne l'a pas reconnu. Silien descend Kern caché derrière un paravent, mais ce dernier a la force d'abattre Silien d'une balle dans le dos.

 

Ce qui peut être agréable de tenir un blog qui traite de la carrière des acteurs au box office c'est d'éviter d'établir une critique sur un film considéré comme un chef d'œuvre du genre. On peut émettre une critique mais on fera comme si celle-ci ne comptait pas, cachée sous un flot de statistiques. On évite de se mouiller, pour tout dire. Car le film en question est "Le Doulos" réalisé par le célébrissime Jean-Pierre MELVILLE. Il suffit d'aller sur le net pour constater que le film bénéficie d'un nombre impressionnant de sites ou de blogs lui tressant des louanges qui ne permettent pas réellement une critique qui va en l'encontre de la pensée dominante. Le nombre de revues traitant du film est également conséquent. Maintenant le film est il au niveau de sa réputation ?

Pour faire court, car de nombreux détails fourmillent sur le net concernant la réalisation, Georges DE BEAUREGARD est celui qui a lancé la carrière de BELMONDO avec "A bout de souffle" et il aurait bien besoin d'un nouveau succès avec son célèbre poulain. Lors du tournage du film BELMONDO connait le succès avec "Cartouche" et c'est une chance pour le producteur qui profitera surement. Il contacte Jean-Pierre MELVILLE pour lancer la production d'un polar dans des délais courts. MELVILLE qui connait bien BELMONDO pour lui avoir fait tourner le fort beau "Léon Morin prêtre" et avait prévu de retourner avec lui un film "Les âmes du purgatoire" avec Anthony PERKINS. Mais devant la demande du producteur, il décide d'adapter un roman de Pierre LESOU "Le doulos" publié dans la célèbre collection "série noire" en 1957. Mais si MELVILLE conserve l'intrigue, il supprime totalement l'argot présent dans le livre pour réécrire des dialogues où ce langage est totalement absent. Il traduit l'argot en français châtié. Il conserve cependant le titre du livre "Le doulos" qui est le nom donné aux balances dans le milieu.

Au niveau de la distribution, le rôle principal est donné à Jean-Paul BELMONDO qui partage l'affiche avec Serge REGGIANI qui désirait le rôle principal. Autant le dire tout de suite je n'apprécie pas spécialement Serge REGGIANI à l'écran, voire pas du tout. Pire, je trouve également que Jean-Paul BELMONDO ne correspond pas au rôle, ce qui évidemment passé le crime de lèse majesté que je fais à tous les amoureux du film, explique ma relative indifférence pour le film.

En fait, le film est important car situé au milieu de sa filmographie il représente une rupture avec les films précédents de MELVILLE qui étaient parfois froids ou "documentaires". "Le doulos" est un polar, genre dans lequel va s'engouffrer le réalisateur qui va pouvoir donner corps à une de ses grandes ambitions: réaliser un polar français qui soit un hommage poussé au cinéma américain. Si la trame du film n'est pas exceptionnelle, le réalisateur va se surpasser pour soigner l'esthétique du film et en faire un modèle du style "Melville". Pour ce faire il va s'appuyer sur son directeur de la photo Nicolas HAYER qui livre une lumière très contrastée idéal pour le noir et blanc du film. D'autre part, le réalisateur possède son propre studio de tournage ce qui lui permet une très grande indépendance.

L'amour du cinéaste pour le cinéma policier américain peut se constater à certains détails à commencer par la tenue vestimentaire des protagonistes : imperméables et chapeau mou durant toute la durée film pour BELMONDO et REGGIANI. Voitures américaines et détail moins visible: la reconstitution d'un bureau de commissariat identique au film américain "Les carrefours de la ville" de 1931.

MELVILLE explore donc les méandres de l'univers des truands où la moralité et l'immoralité se côtoient avec des répercussions collatérales. Dès le générique du film on ressent également que le sujet sera dramatique, glauque. C'est un sentiment présent tout le long du film accentué par cette photographie très contrastée. Silien joué par BELMONDO est un personnage ambigu, dont on ne sait pas réellement s'il est un donneur, où s'il joue un jeu plus subtil. C'est une volonté délibérée du réalisateur de présenter un film stylisé et déconcertant pour le spectateur. Nous noterons une scène qui a pu choquer quelques ligues féministes où Silien ligote une jeune femme d'une manière quelque peu insistante. Le film développe plusieurs tics du réalisateur déjà rencontrées et qui seront développés dans ses films suivants: un phrasé un peu lent de la part des acteurs, la présence d'arrière plans très visibles lors des scènes situées dans des voitures et bien sûr le règlement de compte final entre les mauvais garçons. Le réalisateur ébauche aussi les rapports ambigus entre la police et les truands. Jean DESAILLY préfigure Paul MEURISSE dans "Le deuxième souffle" ou François PERIER dans "Le samouraï".

La scène finale est totalement stylisée, avant de mourir, Silien se regarde dans une glace et se remet une mèche en place avant de rendre son dernier souffle. Une scène pas toujours heureuse, où BELMONDO n'est pas à sa place. Personnellement je trouve que BELMONDO  trop jeune pour le rôle une nouvelle fois. Ce n'est pas tant sa performance intrinsèque qui est remise en cause, mais bien la justesse de son rôle. De plus, le comédien habitué à semer la bonne humeur sur les tournages a subi une discipline de fer de la part de MELVILLE. L'acteur avoue s' être fortement ennuyé durant le tournage et cela se voir un peu à l'écran. Œuvre stylisé, à l'esthétique poussée, le film développe un petit sentiment d'ennui non dissipé par l'intrigue du film. Serge REGGIANI s'investit beaucoup, mais je ne l'apprécie pas. Mention très bien à Michel PICCOLI qui crève l'écran dans un rôle court mais fascinant. Grâce au film et aussi au "Mépris" il accèdera aux plus grands rôles dans les années futures.   

Je vois "Le doulos" comme une ébauche qui annonce les fameux "deuxième souffle" et "Le samouraï". Dans le "deuxième souffle" MELVILLE trouve en Lino VENTURA un acteur parfait et à l'âge mûr en mesure de camper un truand qui a de la "bouteille". Dans "Le samouraï" aucun autre acteur que DELON peut porter aussi bien l'imperméable et le chapeau avec un style aussi incroyable. Il reste un film esthétiquement très réussi qui est très apprécié des critiques du monde entier qui en font une œuvre majeure du 7ème art.

La critique est très positive et public parisien  réserve un très bon accueil au film qui reste largement en tête des exclusivités durant deux semaines. Il est certain que les succès obtenus par BELMONDO en 1962 attirent le public parisien qui se déplace en nombre. Le film totalise près de 500 000 entrées sur Paris ville. Pour la province le résultat est plus mitigé. Le faible coefficient Paris Province ne permet pas au film de rentrer dans le top de l'année 1963 où il demeure au-delà de la 40ème place, ce qui est un résultat mi figue-mi raisin. Mais pour les passionnés du 7ème art le film est un des meilleurs de l'année. Cet accueil mitigé n'empêche pas BELMONDO de tourner presque immédiatement le film suivant de Jean-Pierre MELVILLE, "L'ainé des Ferchaux". Le réalisateur va-t-il enfin toucher le très grand public ?                   

 

Anecdote racontée par Jean-Pierre Melville :

« Un jour, Georges de Beauregard, le producteur, est arrivé rue Jenner (où se trouvent les propres studios du réalisateur) dans tous ses états. Il était vitreux, verdâtre : ‘’Jean-Pierre, me confia-t-il, je suis foutu. Je vais sauter !’’ Il avait déjà signé tous les contrats avec Chabrol, Françoise Sagan, Michèle Morgan, Danièle Darrieux, Charles Denner, etc., pour faire ‘’Landru’’ que les Artistes Associés devaient produire, quand ils ont fait savoir qu’ils laissaient tomber le film. Sans les Artistes Associés, il était dans l’impossibilité d’honorer les contrats. Pour se tirer d’affaire, de Beauregard projetait d’aller vendre le film à Rome, mais pour pouvoir se débarrasser du film de Chabrol, il lui fallait une ‘’locomotive’’ : « Je sais que tu dois tourner en août prochain ‘’L’aîné des Ferchaux’’ avec Belmondo, me dit-il, mais je sais qu’il serait prêt à tourner immédiatement avec toi pour un autre film. Or, ne me dis pas que dans toute la ‘’Série noire’’ il n’y a pas un livre que tu aimerais tourner tout de suite… ». En effet, il y avait le livre de Pierre Lesou qui me plaisait particulièrement : ‘’Le Doulos’’. J’ai donné mon accord, mais à une seule condition : avoir Serge Reggiani pour le rôle de Maurice Faugel. Le lendemain de cet entretien, Georges de Beauregard me téléphonais de Rome pour me dire qu’il avait réglé l’affaire. Toutefois, Reggiani qui venait de lire le livre, voulait le rôle de Silien. C’est la spécialité de Reggiani de vouloir jouer le rôle qu’on ne lui propose pas. Si un jour on lui demandait de jouer Armand Duval, il serait capable de répondre qu’il veut jouer Marguerite Gauthier ! Pour jouer Silien, je tenais à Belmondo. Je trouvais amusant qu’il devienne indicateur après avoir été prêtre. J’envisageais donc de tout laisser tomber quand Reggiani s’est décidé à changer d’avis. Détail amusant : ce n’est qu’une fois ‘’Le Doulos’’ terminé que Belmondo s’est écrié très étonné, en se voyant à l’écran : ‘’Merde, alors ! L’indic c’est moi ?! ».

 


Critiques :

« J’ai voulu faire un film shakespearien, l’équivalent d’un western urbain nocturne, une tragédie, en même temps que quelque chose qui ressemble à un film américain ».  (Jean-Pierre MELVILLE)


« Dans l’univers des truands, cher à son cœur, Melville fait entrer la tragédie et la fatalité. Réalisé de manière nerveuse et virile, construit comme un puzzle, son film déconcerte et pèche sans doute par excès de virtuosité. L’interprétation, quant à elle, est hors pair».  (‘’Télé 7 jours’’).


« Dans l’argot du ‘’milieu’’, « le doulos » (ou porteur du ‘’doule’’ : chapeau) est un indicateur de police ; d’autre part, Melville a placé en sous-titre de son film ce fragment d’une phrase de Céline : « il faut choisir : mourir ou mentir ». Il s’agit donc d’un film policier avec des ambitions qui dépassent les limites habituelles du genre. Il y a dans ‘’Le doulos’’ de l’action, du suspense, de la rigueur et le goût de Melville pour l’étude psychologique. On peut regretter que l’intrigue soit assez embrouillée et obscure, en particulier sur le comportement des personnages. Silien est-il un indicateur, est-il sincère ou ment-il habilement ? L’interprétation est excellente».  (‘’Revue du cinéma, Image et Son’’ ).


«… Serge Reggiani est proprement admirable. Il souffle la vedette à Jean-Paul Belmondo, solide, cruel, rusé».  (Marcel Martin, ‘’Cinéma 63, n°74’’ Mars 1963).


«Au milieu d’une équipe d’acteurs au meilleur de leur forme, Belmondo est constamment remarquable. Le professionnalisme et le talent, c’est ça : pouvoir entrer dans un univers particulier, même si cet univers n’a rien a voir avec votre personnalité profonde».


« Si l’auteur de films est en droit de jouer sur la duplicité, les faux-fuyants, les fourberies, au niveau de sa création, ce qui importe c’est qu’au niveau de la diffusion il sollicite, sans trucage, l’émotion du spectateur. C’est la méthode de Melville, sur le modèle américain. Méthode qui témoigne simplement d’une foi inébranlable en possibilités de son art».  (Claude Beylie, ‘’Cahiers du cinéma, n°141’’. Mars 1963 ).

 

 

Merci à Didier NOISY pour l'anecdote et les critiques du film

 

 

 

CATEGORIE

RANG

NOMBRE

SALLES

ENTREES FRANCE

43

1 477 619

 

ENTREES PARIS BANLIEUE

 

485 146

 

 

 

 

 

EXCLUSIVITES

 

 

 

1ère semaine

1

61 717

4

2ème semaine

1

57 762

4

3ème semaine

1

39 262

4

4ème semaine

5

29 296

4

QUARTIERS

 

 

 

1ère semaine

1

73 560

17

Nombre de semaines Paris

 

9

 

Moyenne salles Paris 1ère sem

 

15 429

 

Cote du succès

 

* *

 

 

 

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Par RENAUD SOYER - Voir les 3 commentaires - Communauté : BOX OFFICE

Mercredi 14 mars 2012 3 14 /03 /Mars /2012 11:55
- Publié dans : MISES A JOUR

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UN DROLE DE DIMANCHE

 

19 NOVEMBRE 1958

 

Un drôle de dimanche

Réalisation  

Marc ALLEGRET

Scénario 

Serge de BOISSAC

Photographie

Jacques NATTEAU

Musique 

Paul MISRAKI

Production 

Jean Jacques VITAL

Distribution 

C.C.F.C

Durée 

90 minutes

Tournage 

7/07/58 – 06/09/58

Jean Brévent

BOURVIL 

Catherine

Danielle DARRIEUX

Madame Armier

ARLETTY

Sartor

Roger HANIN

Patrick

Jean Paul BELMONDO

L'huissier

Jean LEFEBVRE

Le pompiste

Jean CARMET

 

Rédacteur concepteur à « Publi-Paris », Jean Brévent a été abandonné par sa femme, Catherine, il y a cinq ans. De cela, il ne s'est jamais remis. Un jour, il rencontre par hasard Catherine dans l'autobus et amorce avec elle la conversation des gens qui s'aiment encore et n'osent se l'avouer. Catherine descend. Il la suit, la volt pénétrer dans un immeuble et, guettant sa sortie, se souvient des principales étapes de leur vie. Leur rencontre à la fin de la guerre ; elle est pharmacienne, lui officier couvert de gloire. Leur vie commune à Paris, où Catherine s'adapte mal à une vie matériellement modeste. Enfin, leur séparation. Revenant à la réalité, Jean poursuivant sa filature, découvre que Catherine l'a quitté pour vivre avec son plus vieil ami de guerre, Robert. conçoit aussitôt un plan de vengeance. Invitant Catherine à venir le voir à « Publi-Paris », il s'y fait passer pour le directeur général et lui demande de venir avec Robert, le dimanche suivant, dans sa propriété de campagne où ils régleront la question de leur divorce. Catherine accepte, mais ira seule. Pour jouer son rôle de directeur, Jean a emprunté la voiture de son patron et la propriété d'une amie. Cette amie, Mme Amier, découvrant qu'en réalité Jean à l'intention de tuer sa femme, suit le couple avec sa fille le jour du rendez-vous. Au cours d'une halte, Catherine apprend par Mme Amier et à l'insu de Jean, que son mari n'est pas directeur de « Publi-Parîs » ; qu'il ne lui a pas pardonné sa trahison et a l'intention de la tuer quand ils seront arrivés dans la propriété. Par amour et repentir de sa faute, elle continue pourtant à jouer le jeu jusqu'au bout. Dans la propriété, Jean s'apprête à tuer sa femme. Celle-ci accepte entièrement son châtiment et ne cherche pas à fuir. Mais, à l'instant où nous touchons au drame, Jean tombe à l'eau. Catherine ne peut retenir son rire et Jean, de l'eau jusqu'à la ceinture, pitoyable, lui crie à la fois sa haine, son amour et son désespoir. Le soir même, tout orgueil étant aboli, ils se retrouvent réconciliés pour toujours.

  

    

Contrairement à ce qu'évoque l'affiche, le film est une comédie dramatique. Un mélange cher à BOURVIL vedette du film avec la célèbre Danielle DARRIEUX Sous des dehors de comédie agréable, le héros du film vit un vrai drame avec le départ de sa femme dans les bras d'un autre. Et le drame est encore aggravé par le fait que l'amant en question est Roger HANIN, avouez qu'il y a de quoi mal le prendre. BOURVIL est excellent comme d'habitude et donne un peu d'épaisseur à un rôle, qui avouons le, n'en possède pas sur le papier. Il est évident que le couple BOURVIL / DARRIEUX va se reformer à la fin du film, du reste on ne comprend pas trop pourquoi elle l'a quitté. Lui, pense que c'est pour une question de position sociale, ce qui n'est pas faux, au fond c'est normal, elle correspond à l'image qu'on les hommes des femmes dans l'immédiate après guerre. Du reste, le film accumule les poncifs. De l'agence de publicité qui ressemble à s'y méprendre à Publicis et qui a pignon sur rue, l'argent brassé par le Président de l'agence, qui du reste est un compagnon de guerre protecteur, de l'antipathie ressentie par le rôle de l'amant joué par Roger HANIN, des situations cocasses quand BOURVIL se fait passer pour le patron de la boite, etc... Même si le ton du film tend à devenir dramatique lorsque BOURVIL projette de tuer son ex femme, il y a peu de tension dramatique, la gentillesse de BOURVIL rend son personnage tellement sympathique, que nous doutons que le film prenne une tournure dramatique. Reste bien sûr Danielle DARRIEUX très classe comme d'habitude, et qui pousse la chansonnette à la fin du film. Il y a ARLETTY également, pas trop extravagante qui joue le rôle de la voisine, professeur d'art dramatique. Et il y a Jean-Paul BELMONDO qui trouve un bon petit rôle juste après son apparition dans le triomphal "Les tricheurs". Enfin une exposition de quelques minutes suffisant pour se faire remarquer. Il y a une jolie scène entre BELMONDO et BOURVIL où le jeune acteur noie son chagrin en jouant de la trompette, et aussi des scènes avec ARLETTY, ce qui est quand même un évènement pour un jeune acteur. Un second rôle remarqué qui va peut être lui permettre d' être repéré par de bons réalisateurs.

Reste donc une comédie mineure, agréable au vu de son casting assez exceptionnel, mais qui a bien du mal à réunir 1.5 millions de spectateurs, ce qui en cette année 1958, le met loin du top 50 de l'année Pour BOURVIL s'est un score très moyen au vu de ses résultats précédents.  

 

 

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Par RENAUD SOYER - Voir les 2 commentaires - Communauté : BOX OFFICE

Mardi 13 mars 2012 2 13 /03 /Mars /2012 13:30
- Publié dans : MISES A JOUR

 

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UN SINGE EN HIVER

 

11 MAI 1962

 

UN SINGE EN HIVER   

Réalisation

Henri VERNEUIL 

Assistants réalisateur

COSTA-GAVRAS
Claude PINOTEAU

Scénario

François BOYER
Henri VERNEUIL
Michel AUDIARD

Photographie

Louis PAGE

Musique

Michel MAGNE

Production

Jacques BAR
CIPRA

Distribution

COMACICO

Tournage

Janvier / février 62

Durée

99 minutes

Albert QUENTIN

Jean GABIN

Gabriel FOUQUET

Jean-Paul BELMONDO

Suzanne QUENTIN

Suzanne FLON

Esnault

Paul FANKEUR

Landru

Noël ROQUEVERT

Victoria

Gabrièle DORZIAT

 

 

Juin 1944 en Normandie. Albert Quentin, ancien quartier-maître du corps expéditionnaire en Chine, propriétaire de l'Hôtel Stella, boit chez Georgina avec son ami Esnault. Il boit pour "voyager". Le village est bombardé. Quentin promet à sa femme Suzanne de ne plus boire si l'hôtel est préservé. Les années ont passé. Quentin a tenu parole. Une nuit d'hiver, un jeune homme, Gabriel Fouquet, arrive à l'hôtel. Il boit pour oublier un mariage malheureux. Son " voyage " : l'Espagne et la tauromachie. Le lendemain de son arrivée, Fouquet se rend au pensionnat afin d'y voir sa fille Marie, mais la présence du jardinier qui l'a vu ivre la veille, le fait s'esquiver. Le jour de la Toussaint, il se livre à une corrida avec les voitures; les gendarmes l'arrêtent. Quentin obtient sa libération et l'entraîne chez Georgina où ils se saoulent. Ils prennent d'assaut le pensionnat puis avec Landru ils vont tirer, en pleine nuit, un feu d'artifice sur la plage, qui réveille tout le village... Le lendemain Fouquet reprend sa fille. Quentin prend le train avec eux et raconte à Marie l'apologue des singes : "En Chine, quand arrivent les premiers froids on trouve un peu partout des petits singes perdus, égarés. Alors comme les habitants croient que même les singes ont une âme, ils donnent de l'argent pour qu'on les ramène dans leur forêt natale. " Quentin descendra au prochain arrêt tandis que s'inscrit sur l'écran, à la place du mot fin, " et maintenant voici venir un long hiver".

 

Jean GABIN est toujours sous contrat avec Jacques BAR et l'association fonctionne toujours très bien. " La cave se rebiffe" a été un très grand succès grâce à la fine équipe Michel AUDIARD / Albert SIMONIN qui lui concoctent des films sur mesure. En général l'acteur tourne deux films par an à des dates bien définies, c'est une petite entreprise qui tourne bien. La méthode est bien rodée, Jacques BAR et son équipe se concertent pour élaborer un projet qui est soumis à GABIN lord d'un dîner, par exemple, afin de rencontrer l'accord de ce dernier, s'il est de bonne humeur. Or, au printemps 1961, GABIN n'est pas content envers AUDIARD. En effet il n y a aucun projet de prévu pour le tournage de son prochain film qui sera réalisé par Henri VERNEUIL à l'automne. Car il y a un autre problème, Jacques BAR, GABIN et AUDIARD ont signé avec la Métro Goldwyn Mayer pour trois films et le prochain est prévu pour une date impérative à l'automne 1961, sinon le studio américain doit dédommager l'acteur. Michel AUDIARD a bien proposé l'adaptation d' "Un singe en hiver" d'Antoine BLONDIN mais les américains n'ont pas compris le livre qui pour eux n'est qu'une histoire d'ivrogne.  AUDIARD est parti en Italie et à son retour il n y a toujours rien de prévu. Il appelle VERNEUIL qui tourne "Les lions sont lâchés" aux studios d'Epinay. AUDIARD lui avoue qu'il n'a rien et VERNEUIL qui sent que le climat va s'alourdir lui parle d'un roman de Roger VERCEL "Au large d'Eden" l'histoire d'un capitaine de morutier qui se passe en Norvège. Reste à AUDIARD de vendre l'adaptation du roman que franchement personne ne connait dans l'équipe. Au cours d'un repas, Jean GABIN n'est pas contre le projet  car il a tourné "Remorque" adapté d'un roman de VERCEL, mais la perspective d'un tournage en Norvège l'enchante peu, lui qui ne se déplace pas plus loin qu'en Normandie. Jacques BAR s'emballe et se renseigne sur la possibilité de tourner en Norvège ce qui dans les faits est totalement utopique au vu du climat glacial qui y règne. Jacques BAR envoie même Constantin COSTA GAVRAS au Groenland pour faire des repérages. Albert SIMONIN ne se sent pas à l'aise avec le sujet, ce n'est pas son style. Un scénario est écrit et comme de coutume la lecture se fait  en présence de tous les protagonistes du projet. C'est un bide terrible et Jean GABIN fait comprendre qu'il ne fera pas le film qui est un projet improbable. C'est très embêtant car il convient de trouver un projet alternatif rapidement et de toutes façons un tournage ne sera pas possible avant janvier 1962 dans le meilleur des cas. Henri VERNEUIL propose de revenir à l'adaptation d'un "Singe en hiver" et désire Jean-Paul BELMONDO pour donner la réplique à GABIN. Ce dernier n'est pas contre. Après tout quelle belle revanche ce serait de tourner avec le symbole de "la nouvelle vague". En effet Jean GABIN s'est fait éreinté par toute cette génération de jeunes critiques passés à la réalisation dont les plus durs seront Jean-Luc GODARD et François TRUFFAUT pour qui l'acteur est le symbole de la dégénérescence du cinéma, le cinéma de grand père. Ce serait un joli pied de nez à cette génération de réalisateur quelque peu pédante. Reste à convaincre BELMONDO. Celui-ci est séduit à l'idée de tourner avec GABIN. S'il est très coté, il n'a pas eu de grands succès au box office depuis "A bout de souffle" et "Cartouche", dont il a achevé le tournage, n'est pas encore sorti sur les écrans. Jean GABIN est une valeur très sûre au box office et voici une occasion de trouver un succès presque garanti. Mais l' acteur demande à VERNEUIL s'il ne va pas faire que de servir la soupe à GABIN, ce que le réalisateur réfute, ce sera du 50/50. BELMONDO accepte et VERNEUIL peut annoncer la bonne nouvelle à la MGM ravie de ne pas payer de dédommagements à GABIN.

Le tournage peut donc commencer en Normandie en janvier 1962. Henri VERNEUIL va se trouver devant un défi, car "Un singe en hiver" est tout sauf un film d'action. Il est basé essentiellement sur quelques situations et sur des dialogues, car il raconte une histoire centrée sur quelques personnages. Heureusement, Michel AUDIARD est dans une veine phénoménale dans ces années 58/65, c'est le top de sa carrière et il va concocter des dialogues de très haute volée, à l'image de ceux qu'il a fourni pour VERNEUIL et GABIN dans "Le président".

La principale inquiétude de VERNEUIL est l'entente entre ses deux stars. Mais il sera vite rassuré. Fort habilement BELMONDO joue profil bas tandis que GABIN l'observe de loin. C' est l'amour du sport qui va réunir les deux. De grandes conversations s'engagent, et GABIN tombe sous le charme du jeune acteur. Comme il le dit autour de lui, BELMONDO c'est lui à 20 ans (phrase reprise dans le film). Une très franche bonne humeur envahit le tournage  et cela se voit à l'écran.

Un casting solide entoure les deux stars. Paul FRANKEUR, un habitué de GABIN et d'AUDIARD, campe un ancien collègue qui tient le principal débit de boisson du coin. Suzanne FLON campe la femme fidèle et un peu castratrice de GABIN. Noël ROQUEVERT campe un savoureux quincailler sous un aspect inhabituel. Bien sûr le fidèle Louis PAGE est à la photographie. Michel MAGNE est à la musique, lui aussi est dans une belle période créatrice.

Reste le film, bien sûr. Il est malaisé de le raconter étant donné le fil tenu de l'intrigue. C'est un film d'acteur et pour cela, il faut un bon directeur d'acteurs, et Henri VERNEUIL prouve une fois de plus son très grand talent en la matière. Car, il en faudra pour traiter d'un film qui parle non pas d'alcoolisme mais de l'art de s'enivrer pour effectuer de beaux "voyages". Ce n'est pas aisé. L'alcool dans le film n'est qu'un vecteur d'évasion, un moyen, et non pas une finalité.

Le film s'ouvre sur une scène qui présente Albert et son copain Esnault pleins comme des barriques durant un bombardement. Le talent de GABIN et de FRANKEUR à leur sommet. GABIN reprend ses tics d' "Archimède le Clochard" ou de "La traversée de Paris". Truculent, gouailleur, clownesque c'est pour lui une facilité déconcertante de paraître totalement enivré tout en débitant les dialogues d'Audiard magnifiquement écrits lorsqu'il évoque le Yang-Tseu-Kiang. Albert jure qu'il ne boira plus si l'hôtel qu'il gère avec sa femme survit au bombardement. Coupure.

20 ans plus tard, un homme débarque. Lui, c'est Gabriel, joué par BELMONDO. C'est lui "Le singe en hiver" à qui le film doit se titre énigmatique. Il se rend à l'hôtel d'Albert et suscite les interrogations de Suzanne. Que cherche cet homme qui fouille cet hôtel tranquille hors saison ? Et bien il cherche un rade pour étancher sa soif. Il rencontre Esnault qui tient le bar et qui brosse un portrait peu flatteur d'Albert. Gabriel semble avoir des problèmes avec une amie Espagnole et se noie dans la boisson, non sans avoir critiqué l'étroitesse d'esprit de la clientèle. Il se lance dans un flamenco qui laisse l'assemblée stupéfaite. Le talent de BELMONDO se laisse enfin voir au plein jour. Fini les polars branchés, les rôles romantiques, voici BELMONDO l'acteur joyeux, vif, drôle, époustouflant. Le vrai Bebel.

De retour à l'hôtel bien "murgé", GABIN recueille le jeune homme à la grande inquiétude de Suzanne. Albert fait preuve d'une sobriété exemplaire depuis le bombardement passé, mais ne sera-t-il pas tenté de reprendre la bouteille si la présence d'Albert s'éternise. Elle se confie le lendemain à ce dernier qui la rassure. Mais le mystère reste entier. Que vient-il faire dans la ville. La réponse vient rapidement, il est le père d'une petite fille mise en pension chez les "sœurs" et il éprouve des difficultés à la revoir en face. Il lui offre un pull et s'enfuit avant de la voir. Il tentera de lui parler lors d'une sortie du groupe sur la plage, caché dans un bunker lieu de cachettes des petites, mais là encore il échoue. Ce qui lui fait plonger dans la boisson. Pendant ce temps Albert règle ses comptes avec Esnault qu'il traite de prolo de la bouteille alors que lui, c'était un "seigneur" du voyage.... Toujours dans ses voyages espagnols, Gabriel, bien éméché joue au toréro sur les routes menant à la ville. Les voitures manquent de le happer. Une scène restée très connue où BELMONDO a pris des risques importants en tournant sans doublure à la grande frayeur de Jean GABIN. Le "vieux" lui demande de ne plus recommencer, alors que cette prise de risque à l'écran deviendra la marque de fabrique de BELMONDO.

Fatalement Albert va rejoindre Gabriel pour une cuite mémorable. L'occasion pour les deux acteurs de faire un sacré numéro. Entre le fleuve d'Albert et l'Espagne de Gabriel les deux se retrouvent dans leur voyage, se tutoient, se tapent dans le dos. Direction chez le quincailler qui cache depuis des années dans sa boutique une réserve de feux d'artifices. Résultat, les trois compères offrent hilares, un feu d'artifice inoubliable aux habitants de la côte....

Gabriel a trouvé grâce à l'alcool et à Albert le courage de se rendre à la pension pour chercher la fille de Gabriel. Mais ils se font secouer par la mère supérieure qui refuse la visite pour des gens sévèrement torchés.

Mais la cuite passée, les deux amis vont de nouveau se vouvoyer, tout redevient normal. Mais Gabriel a récupéré sa fille et ils vont rentrer sur la capitale. Albert les accompagne une partie du trajet en train et raconte à la petite l'histoire du petit singe en hiver. Puis, sobrement, il leur dit au revoir et s'assoit sur un siège sur le quai de la correspondance. Sans regarder en arrière, sa jeunesse part....

Une nouvelle fois, VERNEUIL excelle dans ce film dominé par une distribution haut de gamme. Car une nouvelle fois, il sait alterner les moments nostalgiques avec les moments très drôles. Une direction d' acteurs sans faille et qui prouve définitivement qu'il est un grand réalisateur. Bien sûr il se fait plaisir avec une scène d'introduction qui fait la part belle aux bombardements de la côte normande à l'aide d'insertion d'images d'archives, histoire de mettre le film sur de bons rails. Sans scènes d'action à proprement parler, le film est cependant passionnant au vu des dialogues ciselés par AUDIARD en forme olympique et à la qualité d'un GABIN dans ses grands jours. Il porte BELMONDO qui se lâche enfin et livre une grande prestation à son tour. Nul doute qu'il est bien plus à l'aise dans l'exubérance que dans le polar branché.

Le film sort sur les écrans alors que "Cartouche" est en plein triomphe pour BELMONDO, ce qui est une bonne chose sans compter la présence rassurante de GABIN.

Evidemment le film prend la tête des exclusivités parisiennes très solidement. Après deux semaines en tête du Box office, il sort des exclusivités après une cinquième semaine moyenne. Mais il aura une belle carrière dans les quartiers et il va totaliser près de 800 000 entrées sur Paris Banlieue. Sur la France le film se classe dans le top 15 de l'année en passant les 2.5 millions d'entrées. Il est étrange que dans l'inconscient collectif le film soit présenté comme un demi succès alors que le score est excellent pour une comédie un peu inclassable s'il en est. L'explication vient aussi du fait que durant plusieurs années le chiffre officiel des entrées France était erroné de plus de 400 000 entrées avant que le CNC le corrige officiellement. Si pour GABIN le score est normal et que l'acteur est déjà sur le tournage du "Gentleman d'Epsom", c'est le deuxième succès de suite pour BELMONDO après "Cartouche". Cependant l'acteur va de nouveau se tourner vers le cinéma de Jean-Pierre MELVILLE. Avec le même succès ?

Le temps et les diffusions télévisées ont donné toutes les lettres de noblesse au film qui est devenu un film culte au même titre qu'un "Tonton flingueur", la faute à quelques belles scènes, comme celle du Flamenco ou de Belmondo faisant le toréador avec des voitures en guise de taureau.

Naturellement le film est reconnu comme film du patrimoine au vu des dialogues d'Audiard dont voici un florilège :               

Attention aux roches, et surtout, attention aux mirages ! Le Yang-tsé-Kiang n'est pas un fleuve, c'est une avenue. Une avenue de 5000 km qui dégringole du Tibet pour finir dans la mer Jaune, avec des jonques et puis des sampans de chaque côté. Puis au milieu, il y a des… des tourbillons d'îles flottantes avec des orchidées hautes comme des arbres. Le Yang-tsé-Kiang, camarade, c'est des millions de mètres cubes d'or et de fleurs qui descendent vers Nankin, puis avec tout le long des villes ponton où on peut tout acheter, l'alcool de riz, les religions… les garces et l'opium…

  • Jean Gabin 

Ah ! Nous y voilà ! Ma bonne Suzanne, tu viens de commettre ton premier faux pas ! Y a des femmes qui révèlent à leur mari toute une vie d'infidélité, mais toi, tu viens de m'avouer 15 années de soupçon. C'est pire ! Eh bien que t'a peut-être raison : qui a bu boira ! Ça faut reconnaître qu'on a le proverbe contre nous.

  • Jean Gabin

Albert : Ah parce que tu mélanges tout ça, toi ! Mon Espagnol comme tu dis et le père Bardasse. Les Grands Ducs et les Bois-sans-soif !
Esnault : Les grands ducs !
Albert : Oui, monsieur ! Les princes de la cuite, les seigneurs ! Ceux avec qui tu buvais le coup dans le temps et qui ont toujours fait verre à part ! Dis-toi bien, que tes clients et toi, ils vous laissent à vos putasseries les seigneurs : ils sont à cent mille verres de vous ! Eux, ils tutoient les anges !
Esnault : Excuse-moi, mais nous autres on est encore capable de tenir le litre sans se prendre pour Dieu le Père !
Albert : Mais, c'est bien ce que je vous reproche ! Vous avez le vin petit et la cuite mesquine. Dans le fonds, vous ne méritez pas de boire ! Tu te demandes pourquoi il picole l'Espagnol ? C'est pour essayer d'oublier les pignoufs comme vous !

  • Jean Gabin, Paul Frankeur

Albert Quentin : L'intention de l'amiral serait que nous percions un canal souterrain qui relierait le Huang Ho au Yang-tsé-Kiang.
Esnault : Le Yang-tsé-Kiang… Bon.

Albert Quentin : Je ne vous apprendrai rien en vous rappelant que Huang Ho veut dire fleuve jaune et Yang-tsé-Kiang fleuve bleu. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de l'aspect grandiose du mélange. Un fleuve vert ! Vert comme les forêts, comme l'espérance. Matelot Esnault, nous allons repeindre l'Asie, lui donner une couleur tendre. Nous allons installer le printemps dans ce pays de merde.

  • Jean Gabin, Paul Frankeur

                               

CRITIQUES DU FILM A SA SORTIE ( merci à Didier Noisy)


« On se doutait bien que la rencontre, dans le même film, de Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo ne pouvait être extraordinaire. Mais le résultat dépasse toutes nos espérances. ‘’Un singe en hiver’’ est une réussite complète ».  (Robert Chazal, ‘’France Soir’’)


« De la rencontre de Antoine Blondin, Michel Audiard et Henri Verneuil ne pouvait résulter qu’un film excellent, une réussite parfaite encore agrémentée par la présence du duo Gabin-Belmondo. Spectacle complet, tour à tour amusant et émouvant ».  (‘’Télé 7 jours’’)

« Pour moi cela ne fait aucun doute, Jean-Paul Belmondo est le meilleur acteur actuel, le meilleur et le plus complet. Si l’idée de tourner des remakes ne lui répugnait pas, il pourrait, sans effort et sans souffrir de la comparaison, reprendre les rôles de Gabin (Quai des brumes, La bête humaine), de Fernandel (François 1er, Les cinq sous de Lavarède), ou de Gérard Philipe (Monsieur Ripois, Le rouge et le noir) ».  (François Truffaut)


« Personne n’y croit et surtout pas Belmondo qui court à la catastrophe s’il continue à se laisser ‘’montrer’’ comme cela ».  (René Gilson, ‘’Cinéma 62, n°68’’)


« Festival de gros malins qui ne le sont même pas assez pour exploiter convenablement ce qui constituait à l’origine un assez bon sujet ».  (‘’Cahiers du cinéma’’, n°133. Juillet 62)


« Le miracle, c’est que Belmondo recrée plus encore Antoine Blondin (l’auteur du roman) que Gabriel Fouquet, son héros. C’est la même désinvolture, la même fantaisie et, le soleil de joie de vivre caché, le même obscurcissement du visage et de l’âme avec cette inextinguible, cette pathétique petite lumière subsistante ». (Claude Mauriac, ‘’Figaro Littéraire’’, mai 1962)

 


 

CATEGORIE

RANG

NOMBRE

SALLES

ENTREES FRANCE

15

2 417 209

 

ENTREES PARIS BANLIEUE

 

760 493

 

 

 

 

 

EXCLUSIVITES

 

 

 

1ère semaine

1

70 025

4

2ème semaine

1

62 169

4

3ème semaine

2

45 916

4

4ème semaine

4

31 012

 

5ème semaine

4

27 045

 

6ème semaine

5

17 817

 

QUARTIERS

 

 

 

1ère semaine

1

100 641

24

Nombre de semaines Paris

 

 

 

Moyenne salles Paris 1ère sem

 

17 506

 

Budget

 

 

 

Cote du succès

 

* * *

 

 

  vlcsnap-2012-03-10-23h13m49s80

 

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Vendredi 9 mars 2012 5 09 /03 /Mars /2012 16:05
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paul-verhoeven.jpg

 

 

 

 

France

PARIS

Espagne

Allemagne

UK

Italie

EUROPE

Recettes US

Turkish delices

529 079

88 668

1 739 221

 

 

 

 

 

Spetters

 

1 921

229 983

 

 

 

 

 

Soldat Orange

 

 

167 786

 

 

 

 

 

Le quatrième homme

 

9 755 

130 911

 

 

 

 

 

Chair et le sang

336 011

113 642

347 663

 

 

 

 

 

Robocop

1 676 100

379 205

1 212 999

466 972

 

 

 7 000 000

53,4

Total recall

2 356 892

560 283

2 383 514

1 884 817

 

 

12 500 000

119,3

Basic instinct

4 614 602

1 261 084

4 763 944

4 475 615

 

 

28 000 000

117,7

Showgirls

735 563

186 342

879 736

131 251

 

 

3 200 000

20,3

Starship troopers

964 630

223 639

664 288

1 575 545

1 616 272

200 321

6 623 402

54,8

Hollow man :L'homme sans ombre

1 502 343

371 924

2 749 864

1 876 832

1 399 550

1 159 203

11 024 956

73,1

Black book

128 575

68 503

176 531

93 472

124 124

60 993

1 768 672

4,3

 

Le chiffres surlignés en jaune sont des estimations

Les recettes US sont en millions de dollars.

 

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