Au cinéma, "je pense donc je suis" c'est "je fais des entrées, donc
j'existe". Le public fait la gloire des acteurs, comme il peut le descendre aux
oubliettes. Est-ce qu'un film est bon parce qu'il fait des entrées, ou fait-il des entrées parce qu'il est
bon? Modestement, je proposerai l'étude des entrées des films de quelques acteurs, ainsi que des
statistiques de box office au fur et à mesure de mes informations glanées de ci, de là. Evidemment les chiffres donnés ne sont pas exhaustifs et les tableaux chiffrés sont susceptibles
d'être modifiés ou sujets à discussion. Ce ne sera que mon humble avis. Merci au Film Français et aux membres du forum business d' allo ciné.
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Professeur de chimie dans une université américaine, Julius F. Kelp souffre d'un complexe
d'infériorité dû à une timidité maladive, bien qu'une de ses étudiantes, la ravissante Stella Purdy, lui témoigne un intérêt certain. Kelp décide alors de devenir un bel homme. Il prend des
leçons de gymnastique... qui ne réussissent qu'à l'épuiser. Il pense alors aux ressources de la chimie et compose une drogue miracle qu'il avale. La métamorphose est totale et le petit professeur
de chimie devient Buddy Love, un irrésistible séducteur. Buddy Love se produit dans la boîte de nuit locale et déclenche aussitôt une vague de frissons féminins. Stella elle-même se sent attirée
par ce tombeur si sûr de lui. Kelp mène alors une double vie, la sienne et celle de Buddy Love, le bourreau des cœurs. Mais la vérité éclate au cours du gala de fin d'année. Love redevient Julius
Kelp et Stella comprend finalement qu'elle n'a jamais cessé d'aimer son trop timide professeur de chimie...
Faites le test : demandez à qui que soit de citer UN film de Jerry Lewis et à 95% la
réponse sera « Docteur Jerry et Mister Love ». A la limite, c’est un des rares films connus aujourd’hui de l’auteur. Meilleure adaptation du roman « Dr Jekyll et mister
Hyde », le film mélange tous les genres avec un égal bonheur. Le film est drôle, romantique et dispose d’une belle séquence hommage aux films fantastiques et la morale est
belle.
Depuis sa première réalisation, LEWIS qui est auteur/réalisateur/producteur explore sa
réflexion sur la dualité qui le caractérise depuis le début : LEWIS joue régulièrement le rôle de garçons immatures, un peu idiots et surtout naïfs, en contradiction avec sa personnalité
très forte et qui a usé plusieurs réalisateurs et surtout son compagnon de cinéma. Dans « Le dingue du Palace » il abordait déjà le sujet étant donné qu’il apparait à la fois en tant
que garçon d’étage et en tant que lui-même. Il applique ce principe dans ce film où on ne le verra jamais sous sa véritable apparence.
Julius KELP est un professeur d’Université à la grande laideur, gauche et de plus
très mal habillé. Certes, il possède un Q.I supérieur, mais il est la risée des sportifs, des jeunes étudiantes. Dans cette Amérique très portée sur l’aspect physique et où le muscle est roi,
Julius souffre intérieurement. Dès lors qu’il tombe amoureux de la belle Stella, au physique très avenant et à la forte poitrine (le seul bon rôle de Stella STEVENS), il décide de changer
d’apparence, ce qui vaut de bons gags dus à ses échecs, en particulier lorsque ses bras s’allongent à cause d’une difficulté à soulever des haltères, il se gratte les pieds directement la nuit
allongé dans son lit. Cette première partie est classique dans l’univers de Jerry. Grimé, il est très à l’aise dans une composition que n’aurait pas renié un Jim CARREY. Décidant de passer à la
vitesse supérieure, il se concocte une potion qui va radicalement le transformer physiquement. Dans une séquence (qui m’a provoqué une formidable terreur nocturne dans mon enfance) qui parodie
les films de La Hammer ou des studios Universal avec des effets d’éclairages sous l’œil de son corbeau, il se transforme en un parfait play-boy, non sans être passé par la case « monstre de
foire ». Il devient l’incarnation du mâle parfait américain. Beau, bien habillé, chanteur, crooner, blagueur, fort, il devient l’ami du campus. Jerry LEWIS avait déjà incarné brièvement ce
type de rôle dans « Cendrillon au grands pieds », mais en l’occurrence il pousse le portrait à l’extrême. Subrepticement, sa personnalité se modifie, il perd son intelligence pour
devenir prétentieux, vaniteux, voire puant. Certains voient naturellement dans ce rôle la caricature de Dean MARTIN par Jerry LEWIS, mais il est plus probable que Jerry s’en inspire pour l’aspect
classe et crooner. Il aimait trop son ami pour être méchant avec lui, mais sans doute Dean MARTIN a-t-il du penser le contraire en voyant le film. Cela n’a pas du aider à leur réconciliation.
Evidemment Stella va tomber amoureuse de Buddy LOVE, mais KELP ressurgit régulièrement car
les effets de la potion sont temporaires.
Hélas pour KELP, les effets de la potion s’estomperont à un mauvais moment, devant tout le
campus, Buddy LOVE sent qu’il redevient KELP. Dans une scène mémorable, tandis qu’il perd sa voix de crooner pour reprendre celle d’une crécelle, et que ces cheveux redeviennent filasses et que
sa vue baisse, KELP effectue un mea culpa très émouvant devant l’assemblée déçue. Mais contrairement au roman de STEVENSON, il parvient à émouvoir Stella qui tombe amoureuse de lui, devinant
qu’au fond, si on le regarde bien, il y a du Buddy LOVE en lui.
Ce qui n’empêche celle-ci de le reprendre en main en lui choisissant une bonne coupe et un
appareil dentaire. Et oui, misogyne dans ses films, Jerry ne peut s’empêcher la femme américaine.
Réussite totale, le film est un de seuls films où LEWIS concilie le succès public et
critique. Le film est cité régulièrement dans la liste des classiques du film américain.
En France le succès est immédiat. Le film prend la tête des exclusivités et de fort belle
manière et reste numéro un durant les trois semaines de celle-ci. Les fêtes de noël approchant, le film passe très rapidement dans les quartiers. Au final le film atteint le chiffre de
500 000 spectateurs à Paris et atteint les deux millions d’entrées sur le sol français, ce qui en fera son dernier succès important.
15 ans après ses débuts dans le cinéma, il a atteint le pic de son talent.
Toujours débordé d’activité, enchaînant les shows ambitieux à la télévision et les spectacles dans les meilleures salles américaines. Mais malgré quelques bons films, il ne parviendra plus à
atteindre ce niveau.
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